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Je suis fascinée par l’idée du ‘jeu’ car c’est un concentré de paradoxes : c’est un concept compréhensible, mais indéfinissable; c’est un phénomène simple, mais avec des dynamiques complexes; il engage la créativité, mais demande une grande logique; il suppose le rationalisme, mais fait appel à l’empirisme ; c’est une activité encadrée, mais qui laisse beaucoup de liberté ; nous jouons pour de faux, mais nous jouons vraiment.

Surtout jouer est un libre choix : si nous n’acceptons pas de jouer, il n’y a pas de jeu, que des contraintes. C’est pourtant choisir de se soumettre à des contraintes (les règles) souvent superflues dans la ‘vraie’ vie.

Lorsque nous acceptons de jouer, nous rentrons dans le ‘cercle magique’[1] d’un monde avec davantage des règles et plus importantes que celles du monde réel. Dans l’univers du jeu, il s’agit de prendre des décisions pour dépasser des obstacles non nécessaires et atteindre des buts inutiles. Et nous sommes pourtant contents de le faire !

Pourquoi passer des heures à jouer au chat perché, à la marelle, à Monopoly ou à chasser des Pokemons ? Ce n’est pas juste un passe-temps, le jeu est une métaphore de la vie : dans les limites du jeu nous pouvons interagir, échanger et nous confronter, développer des façons de faire et d’être qui sont proches du quotidien. Nous apprenons à évoluer sans risques, car à tout moment nous pouvons sortir du ‘cercle’ et revenir à la réalité. Au final, ce n’est qu’un jeu, il n’y a pas d’enjeux…

Jouer c’est également la transformation : c’est rendre simple quelque chose de complexe, rendre intéressant quelque chose de rébarbatif, rendre acceptable une obligation. Le ‘cercle magique’ du jeu peut transfigurer la réalité la plus dure : pour construire les pyramides les équipes d’ouvriers se lançaient des défis ludiques; pour travailler dans les champs de riz les mondine italiennes jouaient à improviser des chants au rythme du travail.

Aujourd’hui il y a un terme pour cela : ‘gamification’ (ludification). A défaut de pouvoir changer la tâche, il s’agit de trouver des stratégies pour la rendre plus acceptable, voir motivante. La majorité des personnes pense que cette attitude est le privilège d’artistes et de créatifs. Les neurosciences nous expliquent qu’il s’agit de capacités de chaque cerveau, il suffit de les entraîner.

De là mon amour pour le jeu: il redonne du sens et de la dignité, il nous permet de progresser et d’être meilleurs malgré tout, il permet de trouver sa place et de prouver sa valeur. Pourtant, depuis l’école, j’ai entendu dire que le jeu n’était pas sérieux : le jeu est ‘enfantin’ et quand on joue ‘on fait le clown’. Ou alors c’est du sport, de la compétition, de la séduction, du pari d’argent.

Heureusement les mentalités ont changé depuis, [2] car internet et les ordinateurs ont tout révolutionné : aujourd’hui les jeux vidéo sont devenus le premier marché de loisirs ; les ‘digital natives’[3] sont désormais cadres en entreprise, la globalisation est si complexe qu’il vaut mieux y faire face comme un jeu pour la comprendre[4].

Le monde d’aujourd’hui demande à gérer les paradoxes et à faire en sorte que de 1+1=3. Plus que jamais nous sommes dans l’ère du jeu. Alors…

“Jouer est une affaire sérieuse.”

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[1] Concept emprunté à l’anthropologie par Johan Huizinga, dans son ouvrage Homo Ludens, essai sur la fonction sociale du jeu, Gallimard, 1988.

[2] 2010 est reconnue comme l’année officielle de divulgation du concept de gamification.

[3] Générations qui ont grandi avec les outils digitaux et avec les jeux vidéo. L’âge moyen du joueur est 30 ans.

[4] En référence à la diffusion des jeux de simulation ou jeux de stratégie en entreprise.


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